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Beyond the Transaction: Every Transaction Has a Story

Intelligence artificielle et humanité : La quête d’un homme qui cherche à mettre les données au service de l’humanité

Par Kristin Kloberdanz

En 2013, à peine ses études universitaires terminées, Paul Duan trouve un emploi lucratif de « data scientist » dans la Silicon Valley. Pourtant, malgré son salaire à six chiffres et la voie prestigieuse qui s’ouvre alors à lui, une phrase de l’un des premiers ingénieurs en réseaux sociaux trotte toujours dans sa tête : « Les esprits les plus brillants de ma génération réfléchissent à la façon de faire cliquer les gens sur des pubs. » « Je sentais qu’il manquait un sens à ma vie, » dit-il. 

Paul Duan, fils d’immigrants chinois installés en France, indique qu’il a commencé à faire du bénévolat à San Francisco auprès des sans-abris afin de sentir un impact sur sa vie personnel. « Dans ma vie quotidienne d’ingénieur, nous parlions toujours d’innovation, de mise à l’échelle, d’avoir un impact sur les chiffres et d’attirer des millions de personnes vers un site Web en exploitant la technologie, » dit-il, « mais quand il s’agissait de parler de choses qui avaient plus de sens, comme faire le bien, il n’y avait rien de tout cela. »

En 2014, il fonde une ONG, Bayes Impact, afin de mettre la technologie au profit du bien commun. L’équipe de Bayes Impact a créé un outil Web de suivi de données pour aider l’État de Californie à réduire les violences policières. L’équipe a également développé des algorithmes de détection de fraude pour aider un organisme de microcrédit en Afrique, et travaillé avec le gouvernement fédéral pour aider les anciens combattants à s’adapter à la vie civile. 

Cependant, en 2016, Paul réalise qu’il existe un moyen d’avoir un impact encore plus grand. « Jai réalisé que la technologie devait donner aux individus les moyens de changer leur vie ». Il pense alors que c’est en aidant les gens à trouver du travail qu’il peut commencer.

C’est ainsi que Bayes Impact crée Bob, une application basée sur l’intelligence artificielle qui aide les demandeurs d’emploi à améliorer leurs recherches. L’utilisateur répond à des questions simples, telles que : combien d’entretiens il ou elle a eu, à combien de demandes il ou elle a répondu, et si oui ou non son CV a récemment été actualisé. Puis, l’application donne des conseils sur les différents quartiers où effectuer sa recherche, ou bien suggère un conseiller auquel la personne peut avoir accès. 

La même année, Paul Duan revient en France, un pays confronté au chômage de masse depuis des décennies. « Il est très important d’offrir des conseils personnalisés aux demandeurs d’emploi. En effet, les études montrent que cela améliore au final les résultats » dit-il. Bien sûr, le coaching professionnel individuel s’avère cher et difficile à mettre en place à grande échelle. « Cela semblait être une excellente occasion de trouver des algorithmes en vue de numériser ce processus. »

L’an dernier, Paul rejoint un accélérateur parrainé par le Centre Mastercard pour une croissance inclusive et le « Future of Work Centre » de la Royal Society for Arts, Manufactures and Commerce (RSA). Le programme, qui encourage les individus à réfléchir à la façon dont la main-d’œuvre est en train de changer rapidement, « nous a encouragé à penser à l’étape suivante, » dit Duan. « Il nous a aidé à réfléchir à la façon d’intégrer notre technologie aux services publics pour booster notre impact. » Paul a mis ces leçons en pratique en travaillant plus étroitement avec les gouvernements, afin que Bob constitue une partie intégrante et fluide du système d’emploi, plutôt qu’une application indépendante.

Cet automne, Paul travaille à un nouveau partenariat avec le Centre pour la croissance inclusive. « Nous ajoutons maintenant des conseils professionnels et concernant l’amélioration des compétences, destinés aux travailleurs dans des positions plus précaires, » dit-il. « Jusqu’à maintenant, Bob servait principalement à donner des conseils à court terme aux chômeurs. Nous collaborons avec le Centre pour que Bob puisse aider n’importe qui à réfléchir à ses projets professionnels. »

Actuellement, Bob compte 250 000 utilisateurs en France. Paul Duan envisage une expansion au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Belgique au cours de l’année à venir.

 « Quantité d’innovations sociales sympas existent dans le monde, mais il faut passer du stade d’innovation sympa à un système clé qui fait partie intégrante du quotidien des gens, » dit-il. « Nous avons fini par réaliser que Bob pouvait être un élément central dans la façon dont nous prenons soin des travailleurs. »